“Expatrié” en France, je n’ai pas d’informations sur la couverture médiatique polynésienne de la crise américaine, précédemment appelée “crise des sub-primes” , et qui est maintenant en train de s’étendre à l’ensemble de la planète.
Comment en est-on arrivé à cette situation décrite comme tour à tour minime, passagère, inquiétante, sérieuse, dramatique et enfin catastrophique pour l’économie mondiale ? Comment peut-elle affecter le monde ? Quelles sont les solutions possible ? Cela va-t-il affecter la Polynésie ? Petite tentative de simplification où qu’on n’y voit pas clair arrange beaucoup de gens.
Comment en est-on arrivé là ?
Les fautifs: les américains. Leur faute ? Vivre à crédit. L’économie américaine est une économie à crédit. N’importe quel polynésien ayant passé quelques jours de vacances aux Etats-Unis a sans aucun doute été ébloui (je l’ai été) par leur niveau de vie: voitures, maisons, week-end shopping et autres, la classe moyenne américaine a la belle vie. Mais elle vit à crédit.
Nous ne sommes pas là pour discuter si le crédit est bien ou mal, car, comme beaucoup chose, il n’est qu’un outil dont seule la mauvaise utilisation conduit à une situation néfaste. Ceci étant, nul doute que les américains ont abusé du crédit.
Ne leur jetons pas la première pierre, les citoyens américains ne sont pas plus bêtes que les autres, mais ils ont été conseillés par des personnes dont l’intérêt résidait dans le crédit: plus les clients des banques prenaient des crédits, plus ces banques toucheraient d’intérêt. “Oui mais il faut être bête pour donner de l’argent comme ça”. Exact, puisque l’argent n’est pas donner mais prêter, et rendu avec des intérêts, et qu’ensuite, les banques prenaient comme gage les habitations des emprunteurs.
Seulement voilà, le marché de l’immobilier américain n’a pas suivi les désirs des financiers et la valeur des gages chutaient. Un emprunteur non solvable devenait une réelle tare puisque sa caution ne valait le montant du prêt.
Le problème est l’échelle de cette situation: des millions d’américains se sont sur-endettés, et ne peuvent plus rembourser. Les banques ne reçoivent plus de traites mensuelles et saisir les maisons n’arrangent pas grand chose, à cause de ce fichu marché de l’immobilier qui n’a pas fait comme on lui a dit.
Comment cet incident a-t-il pu se propager ?
Par un mécanisme très vicieux: le rachat de crédit. Supposons que je prête 100XPF à Teva (oui, désolé pour le lieu commun du prénom, mais là n’est pas le sujet) , qui me les rendra en deux semaine, plus 10 XPF pour me remercier. On se dit que s’il y a un pépin et que Teva me rembourse en un mois, il me rembourser 10XPF en plus, pour le délai, soit 120XPF au total.
Je m’attend à recevoir mes 100XPF + 10XPF au bout de deux semaines, mais là, paf, Teva ne peut pas rembourser. Et moi, j’ai besoin de ces 110XPF. Alors je vais voir Hiro (oui, je suis très banal dans mon imagination) et je lui dit: “Si tu me files 110XPF, on fait un deal avec Teva pour qu’il te passe 120XPF dans deux semaines. Tu me files 110XPF, tu ne fais rien et tu gagnes 10XPF dans deux semaines”.
Multiplier cela par des dizaines de millions de dollars et la “garantie pure et dure” des meilleurs financiers américains et vous comprendrez pourquoi des banques étrangères, des fonds d’investissements privés et bien d’autres encore, attiré par de l’argent facile, ont été heureux d’acheter les dettes des américains.
Quelles sont les solutions possible ?
Il n’y a pas “des” solutions, il n’y en a qu’une: payer. Que vous travailliez dans la haute finance ou que vous soyez trésorier dans une association, le principe de base reste le même: la colonne des “+” doit être égale à la colonne des “-”, et si possible que la différence réelle soit dans la colonne “+”, dans la case “profits”.
Le problème est que ce système a pris beaucoup trop d’argent sur le futur. On a prêté beaucoup plus que ce que les emprunteurs pouvaient générer comme richesse. Là encore, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Le capitalisme, la finance, l’économie de marché sont des solutions viables, c’est leur mauvaise utilisation intentionnelle qui a conduit des dizaines de millions de personnes dans une m….ouise impensable.
Il faut donc payer. Les quelques institutions qui sont à l’origine de ce système n’ont pas la capacité (et encore moins la volonté) de payer, le gouvernement américain est de plus en plus pointé du doigt, quelque soit le plan annoncé, ça sera le contribuable américain (ç-à-d celui qui paye des impôts) qui épongera les dettes.
Cela va-t-il affecter la Polynésie ?
La réponse est évidente, puisque notre économie (hors transferts de l’Etat) est directement dépendante d’une bonne situation économique mondiale.
Les américains ne sont plus nos premiers touristes, mais les répercussions de cette crise se ressentiront sur l’Europe également. L’Asie supportera mieux le choc. Ce n’est pas un problème en soi puisque nous “avons” toujours la clientèle de luxe, celle qui dépense sans compter, mais à l’heure de la montée en force des destinations de l’océan indien et de l’Asie du Pacifique, la Polynésie joue avec très peu d’arguments en main.
S’assurer que nous puissions subsister dans un monde qui pourrait nous oublier, nous, petits habitants de notre bout de paradis, voilà une noble tâche qui occuperait nos “responsables”.
30 September 2008 |
Peter |
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